30 octobre 2013 | Non classé | Commentaires fermés sur Oiticica : Pharmacofictions

Oiticica : Pharmacofictions

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Hélio Oiticica avec Bólides et Parangolés dans son atelier rue Engenheiro Alfredo Duarte, Rio de Janeiro, ca. 1965. Photo : © Projeto Hélio Oiticica

Hélio Oiticica avec Bólides et Parangolés dans son atelier rue Engenheiro Alfredo Duarte, Rio de Janeiro, ca. 1965. Photo : © Projeto Hélio Oiticica.

Le MMK (Museum für Moderne Kunst) de Francfort présente jusqu’au 12 janvier la première grande rétrospective européenne de l’œuvre de l’artiste brésilien Hélio Oiticica. Vous connaissez probablement Oiticica, même sans le savoir, puisqu’en 1968 Caetano Veloso reprit le titre de l’œuvre Tropicalia pour une chanson qui connut un succès mondial. L’installation Tropicalia de Oiticica s’inspirait des favelas du Brésil, elle rassemblait des baraques, du sable, de vraies plantes et des perroquets vivants. Aujourd’hui chaque musée veut exposer sa Tropicalia, cependant l’œuvre de Oiticia, plus métabolique qu’objectuelle, plus affective que rétinienne, reste à découvrir.

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3 octobre 2013 | Trou de mémoire | Commentaires fermés sur Revenir à la Womanhouse

Revenir à la Womanhouse

Trou de mémoire
Womanhouse, Miriam Shapiro et Judy Chicago, 1972

Couverture du catalogue Womanhouse (avec Judy Chicago et Miriam Schapiro). Graphisme de Sheila de Bretteville. (Feminist Art Program, California Institute of the Arts, 1972). Photo © Donald Woodman. Courtesy Archives “Through the Flower”

Le collectif de curateurs-activistes le peuple qui manque re-édite en octobre la vidéo documentaire de Johanna Demetrakas Womanhouse (1974, 47 min.) pour la distribuer en France. Je me souviens de la première fois que j’ai vu ce documentaire, un soir de printemps à New York, chez Laura Cottingham. Laura avait effectué une scrupuleuse recherche sur les pratiques artistiques féministes dans les Etats Unis des années 70s, afin de réaliser Not For Sale (1998), sans doute le meilleur documentaire sur le thème à ce jour. La vidéo de Demetrakas était dans ses archives. Je me définissais alors, politiquement, comme queer, quant à Laura, elle continuait de se positionner comme féministe radicale. Regarder ensemble le documentaire sur la Womanhouse fut l’occasion d’une réconciliation évidente, sans que nous ayons besoin de passer par un interminable débat sur la critique post-structurale et le féminisme socialiste. Nous avions une histoire commune.

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11 septembre 2013 | Non classé | Commentaires fermés sur Gironcoli versus Money, ou l’art comme invention d’appareils de vérification dissidents

Gironcoli versus Money, ou l’art comme invention d’appareils de vérification dissidents

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Bruno Gironcoli, Sans titre (détail), 1995/96. License Creative Commons

Il y a quelques jours, la Cour constitutionnelle Allemande a créé la surprise en annonçant la possibilité légale, à partir de novembre 2013, d’inscrire les nouveaux nés sous le terme « troisième genre » sur les certificats de naissance. L’Allemagne devient ainsi le premier pays de la Communauté Économique Européenne à reconnaître un troisième genre administratif. Même si, selon le gouvernement allemand, le « troisième genre » ne sera qu’une inscription temporaire, permettant aux parents de laisser le temps à l’enfant de faire un choix autonome, la perspective d’une alternative administrative au binarisme introduit un point de fuite dans le modèle d’adéquation somatique du genre, selon lequel il n’y avait que deux sexes naturels et sains auxquels correspondaient deux genres psychiques et sociaux. L’Australie et l’Argentine ont également voté ces dernières années des modifications administratives à l’assignation du sexe à la naissance. Ces changements ne sont pas fortuits. Nous sommes face à une crise épistémologique du système de représentation du sexe comparable à la crise qui, au XVIe siècle, nous fit passer d’une représentation ptolémaïque du mouvement des planètes à une conception hélio-centrée. N’en déplaise à ceux qui jusqu’à présent se trouvaient dans une position d’hégémonie politico sexuelle, une révolution Copernicienne est à l’œuvre dans le système de représentation du sexe.

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2 août 2013 | Non classé | Commentaires fermés sur Leçon de style

Leçon de style

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La Manif pour Tous, post Facebook.

Comme mon silence sur ce blog ces dernières semaines le laissait facilement imaginer, je me suis volontairement déconnecté d’internet, une petite cure de désintox. Je me suis réhabitué à me nourrir de l’eau, du soleil, et à passer mes journées en compagnie des chèvres et des chiens, matières et présences moins volatiles que les signes d’écran. Avant de rallumer l’ordinateur, j’avais pensé vous parler des nouveaux cycles de révolution qui s’annoncent, de l’indigénisme transféministe de Bolivie, du Chili, du Pérou, du Brésil… de l’histoire de la colonisation et des histoires encore à écrire de ceux qui ont résisté à l’économie de la plantation et à l’esclavage, de l’urgence de rééditer en français le livre de Eric Williams et Hébert Aptheker… mais finalement je vous parlerai de tout ça à la fin du mois.

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10 juin 2013 | Action | Commentaires fermés sur Mariage Ecosexuel pour Tous avec Annie Sprinkle et Beth Stephens

Mariage Ecosexuel pour Tous avec Annie Sprinkle et Beth Stephens

Action
Ecosexual Performance, Annie Sprinkle and Beth Stephens, SF MOMA, June 2, 2013.

Performance « Ecosexual », Annie Sprinkle et Beth Stephens, SF MOMA, 2 juin 2013.

À la fin de la semaine dernière, j’étais au musée Reina Sofia de Madrid pour un atelier écosexuel, suivi d’une conférence, avec les artistes Annie Sprinkle et Beth Stephens. Ça m’a fait jubiler de penser que pendant que les catholiques intégristes et l’extrême droite défilaient dans les rues de Paris contre le mariage homosexuel et la filiation homoparentale, Sprinkle et Stephens célébraient avec un groupe de quarante personnes une cérémonie de mariage collectif avec la Terre, dans le parc du Retiro de Madrid. Voilà quels furent nos vœux : “Terre, nous promettons d’être tes amants. Ne nous laisse pas nous éloigner de toi. Nous promettons de t’aimer jusqu’à ce que la mort nous rapproche définitivement de toi.”

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27 mai 2013 | Trou de mémoire | Commentaires fermés sur Carol Rama for ever (2/2)

Carol Rama for ever (2/2)

Trou de mémoire
Studio de Carol Rama, Turin, 2012, Photo Beatriz Preciado

Carol Rama’s studio, Turin, 2012. Photo Beatriz Preciado

Teresa Grandas – avec qui je commissarie cette exposition – et moi partons à Turin pour voir les œuvres sur place. Plus habitué à rencontrer des artistes et des activistes que des galeristes ou des collectionneurs, je me laisse guider dans le territoire de l’art-dollar par l’expérience et le savoir-faire de Teresa. Nous avions vu des centaines de reproductions, mais jamais d’œuvres directement. De plus, Carol Rama est vivante : née en 1918, elle aura bientôt cent ans.

Nous avions été prévenus de la difficulté d’approcher l’œuvre de Carol Rama. Nous débarquons à Turin comme deux curateurs déguisés en touristes. Notre premier contact est Cristina Mundici, curatrice de plusieurs exposition de Carol Rama et qui s’occupe aujourd’hui, avec un groupe d’experts et des amis, de son archive. Cristina nous ouvre quelques portes : elles nous présente des collectionneurs. Nous verrons en quatre jours plus de trois cent pièces. Beaucoup d’entre elles, après des années dans des dépôts, ne sont toujours ni répertoriées ni publiées dans des catalogues.

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24 mai 2013 | Trou de mémoire | 1

Carol Rama for ever (1/2)

Trou de mémoire
Carol Rama, Appassionata, 1939. Courtesy of Galleria Franco Masoero, Turin

Carol Rama, Appassionata, 1939. Courtesy of Galleria Franco Masoero, Turin

En même temps que je tente de rédiger une histoire politique des organes (ce qui n’avance pas aussi rapidement que je le désirerais, soit dit en passant), je m’occupe ces jours-ci, à la demande de Bartomeu Marí, directeur du Musée d’Art Contemporain de Barcelone (MACBA), du commissariat d’une exposition de Carol Rama qui aura lieu en 2014.

Même si je travaille dans le contexte du musée depuis dix ans, ma relation avec le format « exposition » a toujours été distante. Le musée, encore plus que l’université, a été pour moi le lieu par excellence dans lequel repenser les relations entre les langages et les représentations de la domination sexuelle, du genre et du corps avec les politiques de résistance à la normalisation. Le musée, en tant que micro-sphère publique, permet d’établir des passerelles entre pratique artistique, mouvements sociaux et sciences humaines. C’est un espace dans lequel il est encore possible d’inventer des contre-fictions politiques, et de tester de nouvelles techniques de subjectivation dissidente.

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21 mai 2013 | À propos | 1

Peau de rat

À propos

Photo : Lea Crespi

Dans les mois à venir, le blog du Jeu de Paume élargira son champ de débat depuis les pratiques artistiques et culturelles contemporaines vers les politiques du corps, du genre et de la sexualité. Mon projet est d’« installer » dans la chambre digitale d’une institution culturelle, un espace de philosophie et de critique transféministe. Un acte que, compte tenu de la résistance des musées français à recevoir les propositions émanant aujourd’hui des politiques d’insoumission du genre et de la sexualité, j’imagine aussi profane et précaire que l’installation d’une niche de rats dans une salle de sport. Et si je pense aux rats c’est parce que le Jeu de Paume fut, avant de devenir un centre d’art, la plus célèbre salle parisienne de jeu de paume, l’un des plus vieux jeux de raquette, ancêtre de la pelote basque, qui consistait à frapper avec la main une balle faite, comme le veut la légende, d’une peau de rat. Ce fut encore dans une autre salle dédiée au jeu de paume, à Versailles, que le 20 juin 1789, l’Assemblée nationale se déclarait constituante contre la volonté du Roi, initiant ainsi un processus de transformation sociale plus connu sous le nom de Révolution française. Comme le tiers état s’est élevé un jour contre le pouvoir souverain de l’Ancien Régime, partout se lèvent aujourd’hui les rats sans peau du capitalisme cognitif qui appellent à une révolution somato-politique et sexo-sémiotique : pédés, gouines, féministes, junkies, migrants, sans papiers, travailleurs sexuels, handis, séropositifs, transsexuelles et transgenres… le jeu des rats est ouvert. Dans la ratière digitale du Jeu de Paume, la révolte peut commencer.

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