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Michael Schmidt :
le visage gris de Berlin


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Michael Schmidt, Müller-Ecke Seestraße (Angle de la Müllerstraße et de la Seestraße), 1976-1978, Berlin-Wedding, 1978

Le travail de Michael Schmidt (1945-2014) est indissociable de sa ville natale : Berlin. C’est en tant que gendarme mobile qu’il a commencé à arpenter le territoire berlinois et à s’y intéresser avant de consacrer son travail photographique à ses mutations. Avant la chute du mur, il se concentre sur Berlin Ouest. Dans les années 1970, il réalise deux projets sur le quartier de Kreutzberg et entame en 1976 un « inventaire » photographique, selon ses propres mots, du quartier de Wedding. Il parcourt d’abord le quartier à pied ou en voiture à l’aide d’une carte. Il observe longuement chaque portion de rue, note les aspects urbanistiques et architecturaux qui l’intéressent et réalise des esquisses avec un appareil photographique petit format. Il prend le soin de noter précisément l’adresse de chaque prise de vue et de la situer sur sa carte. Il développe ensuite ses photographies, les étudie, sélectionne les lieux et revient photographier au grand format (9 x 12).

Cette image fait la couverture du livre que Michael Schmidt dédie à ce quartier en 1978. Il choisit de photographier cet angle de rues et de mettre l’accent sur le caractère hétéroclite et disparate de l’architecture. L’impression de collage qui se dégage de cette photographie traduit bien le regard que Michael Schmidt porte sur cette ville : elle est le fruit d’une histoire complexe, heurtée et non linéaire. La photographie lui permet de relever les traces de ces transformations successives. Il s’attache alors à trouver la bonne distance, à échapper à sa subjectivité dans le choix de ses cadrages et de ses points de vue afin d’atteindre ce qu’il nomme une forme de « transparence ». Le gris qui domine ses images et qu’il retravaille en chambre noire est pour lui une façon de s’extraire de toute dualité trop nette ou trop définitive entre le noir et le blanc, d’échapper à une lecture manichéenne et simpliste. Les nuances de gris sont au contraire le signe de la complexité géographique, sociologique, économique et historique qu’il souhaite alors apporter à la représentation de Berlin.

Ève Lepaon

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