— Brèves
Anna ou la mélancolie des images.


Publié le

0 Partages

J’avais programmé « De la cage au cadre » au Jeu de Paume en 2019 et pensé, au départ, y inclure Anna. À regrets, cette œuvre de Pierre Koralnik n’y avait pas trouvé sa place et je saisis donc aujourd’hui l’occasion de vous la présenter.






Anna est un téléfilm musical au rythme effréné, un hommage à la jeunesse, une célébration de la culture populaire de la fin des années 1960. Mais c’est avant tout un conte de fées. Donc, bien sûr, un jeune premier y tombe amoureux d’une apparition qu’il n’aura de cesse de retrouver. Le seul indice dont il dispose n’est pas une bague ou un soulier, mais une photographie. Ce jeune premier, c’est Serge (Jean-Claude Brialy), jeune, beau et riche, et directeur de l’agence publicitaire Publex. Sa photographie, c’est celle d’une passante apparue dans une de ses prises de vues publicitaires (Anna Karina). La tâche est compliquée, car si Cendrillon peut enfiler son soulier et Peau d’âne sa bague, il est bien difficile de correspondre à l’empreinte photographique d’Anna. « Ce que la photographie reproduit à l’infini n’a eu lieu qu’une seule fois : elle répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais plus se répéter existentiellement », écrivait Roland Barthes dans La Chambre Claire, et Anna nous le rappelle.

Anna est aussi un film sur la mélancolie des images dans un monde où elles abondent pourtant. Un film sur une jeunesse qui aime plus les images du monde que le monde lui-même, une jeunesse consciente de ce travers, qui en jouit et qui en désespère tout à la fois. Des personnages cyclothymiques, chantant leurs états émotionnels au rythme des compositions de Michel Colombier et de Serge Gainsbourg, et qui ne savent plus très bien où ils sont — enfin si : sous le soleil, exactement.

Joséphine Jibokji



Anna, 1967, réalisé par Pierre Koralnik ; avec : Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg ; musique de Michel Colombier et Serge Gainsbourg
Anna Karina en 10 morceaux cultes (dont 4 issus de Anna)
« De la cage au cadre » au Jeu de Paume


Joséphine Jibokji est docteur en histoire de l’art et maître de conférences en études cinématographiques à l’université de Lille. Ses recherches portent sur les interactions entre l’histoire de l’art et le cinéma de fiction. Elle est l’auteur de l’ouvrage Objets de cinéma, essai sur les décors des films français des années 1960, ainsi que de textes sur Alain Resnais, Jacques Tati, Jacques Demy et Yves Klein, et a codirigé l’ouvrage Muséoscopies. Fictions du musée au cinéma.

Commentaires

Nous vous encourageons à publier des commentaires courts et à propos. Leur longueur ne doit pas exceder celle de l'article original. Les commentaires doivent être courtois et respecter l'avis des autres personnes engagées dans la discussion. Les commentaires sont soumis à modération, nous nous réservons le droit de supprimer ceux qui ne respecteraient pas ces quelques principes.