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Images de Garry Winogrand


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Ève Lepaon et Benjamin Bardinet, conférenciers et formateurs, proposent leurs commentaires sur dix photographies qu’ils ont sélectionnées dans l’exposition consacrée à Garry Winogrand au Jeu de Paume.
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À la suite de l’exposition “New Documents” (1967), que Winogrand partageait notamment avec ses contemporains Lee Friedlander et Diane Arbus, le célèbre directeur du département de la photographie du MoMA, John Szarkowski, affirma qu’il était “le photographe central de sa génération” 11. John Szarkowski, Mirrors and Windows: American Photography since 1960, New York, Museum of Modern Art, 1978, p. 23. Pour autant, Winogrand avait une pratique très personnelle de la photographie, prenant vite ses distances avec le photojournalisme à la fin des années 1950 et réfutant le bien fondé de l’instant décisif lorsqu’il déclare en 1972 qu’“aucun moment n’est plus important. […] N’importe quel instant peut être quelque chose” 22.Winogrand, cité dans « Critics of Complacency », art. cité, p. 190. ou le détournant, comme l’explique Sally Eauclaire : “Un instant décisif d’interaction où deux personnes se retrouvent face à face peut très bien être un instant où chacun est en train de se tourner pour partir dans un sens opposé. Le temps a été figé mais on ne nous dit pas quelle est sa vérité.” 33. Sally Eauclaire, Winogrand: For the Record, Democrat and Chronicle, Rochester, 19 mars 1978.

Si les photographies de Winogrand ne sont pas dénuées d’affection et parfois d’humour, elles n’ont pas pour autant l’évidence d’un regard humaniste qui chercherait à révéler la beauté de scènes de rue ou les qualités de ses personnages. En réalité, Winogrand ne s’intéressait pas tant au contenu de ses images qu’au(x) regard(s) produit(s) par la photographie. C’est par ses équilibres fragiles, ses trop-pleins parfois proches du chaos et ses vides, plus nombreux à la fin de sa carrière, que Winogrand réussit à représenter par un effet de miroir le visage des Etats-Unis d’Amérique au cours d’une période de profondes mutations, voire de crise existentielle. En ce sens, Leo Rubinfien, commissaire de l’exposition, et Marta Gili directrice du Jeu de Paume, observent que le photographe est “devenu une sorte d’historien, qui travaillait essentiellement à partir de la banalité et du présent” 44. Leo Rubinfien, La République de Garry Winogrand, in. catalogue de l’exposition “Garry Winogrand”, Jeu de Paume / Flammarion, p.51, 2014. “Pour lui, la ville est un lieu où les tensions ont une traduction visuelle qui n’échappe, comme l’espace urbain lui-même ou la photographie en soi, ni à ses logiques, ni à ses incongruités. Dès lors, les images de Winogrand ne sont pas l’histoire, elles font l’histoire” 55. Marta Gili, préface au catalogue de l’exposition “Garry Winogrand”, Jeu de Paume / Flammarion, p.7, 2014

Pour découvrir ou approfondir votre visite, participez aux Rendez-vous du Jeu de Paume : les mercredis et samedis à 12h30, une visite commentée de l’exposition « Garry Winogrand » est proposée par nos conférenciers, sur simple présentation du billet d’entrée.

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Exposition « Garry Winogrand » jusqu’au 8 février 2015
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References   [ + ]