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Elika Hedayat (FR)


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En arrivant en France en 2004, après avoir été admise à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts dont elle sort avec les Félicitations du Jury en 2008, Elika Hedayat a été surprise de la méconnaissance sur son pays d’origine, l’Iran. Si elle met en scène la société iranienne et ses contradictions, son travail va bien au delà et parle de la complexité d’un monde multiforme et changeant.

Dans ses œuvres, l’artiste mélange souvent les témoignages et le documentaire expérimental puisant son inspiration dans l’art populaire iranien bien loin de l’art perse classique. Mais ses histoires sont contemporaines et ses personnages réels. Si elle s’emploie à les mettre en scène et en espace, c’est toujours le même contenu politique qu’elle crée sous des formes différentes : vidéos, installations sonores, dessins, performances. Elika Hedayat s’interroge en permanence sur la question de l’identité, de l’origine, de la complexité et de la schizophrénie culturelle existant en Iran ou ailleurs.

C’est parce qu’elle ne veut pas oublier son enfance, son éducation, la guerre, la censure mise en place dans son pays natal qu’elle s’acharne à développer en permanence des formes qui recyclent, repensent et mettent à jour l’histoire collective d’une génération face à une dictature. L’ensemble de son œuvre revisite des références historiques, les transférant sur le terrain de l’expérience personnelle, utilisant principalement les diverses possibilités de son répertoire comme document narratif et outil de récupération de la mémoire. Réalité, mémoire et imaginaire s’interpénètrent dans un récit très personnel toujours lié à un combat contre la cécité de l’oppression.

L’ironie s’empare de ces dessins et s’apparente clairement à une contestation de l’ordre établi. Dans la tradition ancienne du grotesque à laquelle se sont attachés Rabelais, Kakfa, Paul Klee et les dadaïstes, elle crée un peuple d’êtres étranges, tout droit sortis de bestiaires actuels où la figure humaine s’entremêle parfois à l’animal et l’animal au végétal. L’œuvre est faussement délirante et désigne une hybridité qui, de tout temps, a été un objet de délectation et de débat, de plaisir et de résistance.

Si l’œuvre d’Elika Hedayat est essentielle par la force de son récit, c’est son dessin qui à mes yeux en est l’élément fondateur. Ses séries, pour la plupart sans titre – stylo et feutre noir, acrylique sur papier – s’affirment par des qualités de légèreté, de rapidité, de transparence, sans aucun repentir, des mises en couleur aux dimensions picturales et sculpturales. L’importance et la justesse de la ligne et du trait questionnent les obsessions de l’auteur, focalisent le regard sur une figure centrale ou sur une suite d’éléments s’entremêlant et partiellement démembrés.

Pour la Fiac 2012, Elika Hedayat s’est associée pour une performance à une artiste israélienne de sa génération, Tamara Erde. Acte symbolique puisque toutes deux sont interdites sur le territoire de l’une et de l’autre. Preuve supplémentaire qu’une oeuvre d’art est un acte de résistance conçu comme indépendance vis-à-vis du contexte qui l’entoure.

Françoise Docquiert, 2012

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Elika Hedayat, Sans titre, 2010. Vidéo, 1 min 10.Courtesy galerie Aline Vidal.

Elika Hedayat est née et a grandi en Iran. Après des études à l’Université d’Art de Téhéran, elle intègre l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts (séminaire de Christian Bernard et atelier Annette Messager). Pendant ce cycle, elle fait une année d’échange à Vancouver au Canada. En 2008, elle sort de l’ENSBA première parmi les Félicités. Elle est ensuite inscrite deux ans au Studio National des Arts Contemporains du Fresnoy. Elika Hedayat est représentée par la galerie Aline Vidal. Elle vit et travaille entre la France et l’Iran.

Liens

Elika Hedayat, blog
Elika Hedayat, Galerie Aline Vidal