portraits filmés

Muntadas. Entre / Between (FR/EN)

“What are we looking at?” : “Qu’est-ce qu’on regarde ?” C’est finalement cette question que l’artiste Muntadas pose au spectateur depuis plus de 40 ans de pratique artistique. À travers des interventions dans l’espace public, le recours à la photographie, à la vidéo, la performance ou au multimédia, Muntadas cherche à réveiller la subjectivité critique du public, dans une société dominée par le spectacle des mass-media, l’hyper-consommation et les systèmes de pouvoir manifestes ou invisibles. L’exposition “Muntadas. Entre/Between” au Jeu de Paume, sous le commissariat de Daina Augaitis, plonge le spectateur dans cette réflexion, en retraçant toute la carrière de l’artiste à travers neuf “constellations” thématiques: “Micro-espaces”, “Paysage médiatique”, “Sphères du pouvoir”, “Territoire de la peur”, “Espaces publics”, “Lieux de spectacle”, “Domaines de traduction”, “Archives” et “Systèmes de l’art”.

“What are we looking at?” This, ultimately, is the question that the artist Antoni Muntadas has been asking viewers over his forty years of artistic practice. Through his interventions in public space, his use of photography, video, performance and multimedia, he has been working to awaken the public’s critical subjectivity in a society dominated by the spectacle and the mass media, hyper-consumption and systems of power both visible and invisible. “Muntadas. Entre/Between,” the exhibition at Jeu de Paume curated by Daina Augaitis, immerses visitors in these questions as it retraces the artist’s career through nine thematic “constellations”: “Micro-spaces,” “Media landscape,” “Spheres of power,” “The territory of fear,” “Public spaces,” “Places of spectacle,” “Domains of translation,” “Archives” and “Art systems”.

Biographie

Muntadas (Barcelone, 1942) s’est initié au monde de l’art par la peinture. Mais dès le début des années 1970, il s’intéresse à l’“action art” et déménage à New York, où il vit et travaille aujourd’hui.

Muntadas a employé le même type de stratégies tout au long des quatre décennies de sa trajectoire artistique. Il est resté fidèle à la démarche fondamentale d’observation qui caractérise ses premiers travaux dans les années 1970 : des actions autour d’expériences avec les sous-sens (terme par lequel il désigne les sens les moins développés : l’odorat, le toucher et le goût). À mesure qu’il élargit ses centres d’intérêt pour inclure une dimension publique et plus étendue du quotidien, en parallèle, Muntadas adopte une approche plus sociale. On commence à percevoir dans son oeuvre un fond de conscience politique, particulièrement manifeste dans ses collaborations avec Grup de Treball, collectif d’artistes catalans dont Muntadas fut un membre actif.

Considéré internationalement comme l’un des premiers artistes à s’intéresser à l’art médiatique au beau milieu des années 1970, Muntadas réalise ses premières expériences avec la vidéo et la télévision en faisant des interventions directes dans le « paysage médiatique », comme il les désigne à l’époque. S’attaquant à des questions importantes pour l’artiste à l’ère de l’information, il intervient à travers des actions quasiment clandestines et de petit format, mais aussi des grands projets qui replaçaient dans le domaine public, de manière audacieuse, les thèmes fondamentaux de l’époque. Parmi ces manifestes, il faut mentionner Arte ⇆ Vida (1974), où l’artiste affirme sa conviction que l’art et la vie sont inextricablement liés, conviction
qui sous-tend toute son oeuvre. D’autres projets emblématiques sont Media Eyes (1981), qui pose la question « what are we looking at? » [qu’est-ce qu’on regarde ?], et On Translation: Warning (1999-…), avec l’avertissement adressé au spectateur « Warning: Perception requires involvement » [Attention : percevoir nécessite de s’engager].

Dans les années 1980, Muntadas intensifie son analyse de la syntaxe, des archétypes et de l’architecture du paysage médiatique, ainsi que l’exploration des dichotomies polémiques entre public et privé, subjectif et objectif, standard et spécifique, adoptant une position de « subjectivité critique » avec un intérêt de plus en plus poussé pour la tension entre ces opposés.

Au cours de cette décennie, il entreprend également une série d’enquêtes au long cours portant sur les structures et les codes de contrôle, en particulier dans les milieux de l’art. Son grand projet d’entretiens avec les principaux acteurs du système de l’art mené sur une durée de dix ans et intitulé Between the Frames: The Forum (1983 – 1993), ainsi que d’autres installations à grande échelle cherchent à miner les structures du pouvoir, des salles de conseil d’administration à l’espace domestique en passant par les galeries d’art et les lieux de spectacle tel le stade.

Dans les années 1990, il s’intéresse de plus près aux questions liées à la traduction, un thème sur lequel il avait déjà travaillé à la fin des années 1970. Le projet On Translation démarre en 1995 et se poursuit toujours avec plus de trente-huit oeuvres à ce jour. Muntadas continue aujourd’hui à se consacrer activement à l’enseignement et son oeuvre
figure dans les collections de quelques-uns des plus grands musées du monde : le MoMA de New York, le Musée national d’art moderne Centre Pompidou de Paris, le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid, le MACBA ou encore le Musée d’art contemporain de São Paulo. Il a également participé aux manifestations internationales d’art les plus prestigieuses : la Documenta VI et X, la Biennale de Venise (1976 et 2005), la Biennale de São Paulo (1981) et la Biennale du Whitney Museum of American Art (1991), entre autres. En 2011, il a exposé au MMOMA et au Bronx Museum of the Arts de New York. Il a reçu en 2009 le prestigieux prix Vélasquez des arts plastiques du ministère espagnol de la Culture.

Liens

L“exposition “Muntadas. Entre / Between“
La sélection de la librairie

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