— Portrait filmé
Jimmy Robert : “Langue matérielle”


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La pratique de Jimmy Robert porte sur l’expérimentation des limites, à la fois de son propre corps et des œuvres qu’il crée. Avec « Langue matérielle », il questionne le décalage et l’intersection entre image et langage, tout en brouillant les frontières entre vidéo, sculpture et photographie. À travers les différentes pièces présentées dans cette exposition, le langage devient sculpture et objet. Il est aussi constamment remis en scène. Étant donné que la parole ne peut être considérée comme une simple application mécanique de la grammaire, on peut y voir un acte performatif continu où le langage devient événement. Ce que Jimmy Robert sous-entend, c’est que ni le langage ni l’individu ne doivent être perçus comme des constructions a priori, mais comme un idiome (spécifique) et une identité sans cesse en devenir. Le langage est vu ici comme une substance corporelle translucide (voire rose) qui imprègne l’espace entre soi-même et les autres. Il est entre nous, mais aussi nulle part. Il devient un événement auquel nous participons tous :

« “Nous” ne sommes pas des observateurs extérieurs au monde. Nous n’occupons pas non plus des lieux précis dans le monde ; car nous faisons partie du monde, de son intra-activité permanente »

explique Karen Barad dans Posthumanist Performativity: Toward an Understanding of How Matter Comes to Matter (2003). Dans la vidéo Paramètres (2011), Robert tente d’adapter des dessins géométriques découpés aux contours de son visage. Pour chaque mouvement, correspondant à chaque tentative, l’artiste énonce une phrase d’un texte qu’il a écrit. Chaque image est utilisée deux fois et il y a en tout dix paragraphes. Les dessins sont des représentations en deux dimensions de figures en trois dimensions. Une fois découpées, arbitrairement semble-t-il, elles deviennent des formes sculpturales que l’artiste manipule avec une gestuelle rigoureusement chorégraphiée et appliquée. Une chorégraphie de mouvements se donne également à voir dans la vidéo Untitled (Folding 2) (2011). Celle-ci débute avec l’image d’un morceau de papier blanc posé à plat sur une surface. Nous assistons ensuite à son pliage, comme si les mains réalisaient un origami. Peu à peu, comme dans un puzzle, une image se découvre au verso du papier. Si, dans cette œuvre, l’image (de soi) comme performance et construction constitue une métaphore sous-jacente évidente, une méditation plus profonde est à l’œuvre dans la réification du corps − le corps comme image bidimensionnelle − et, en même temps, dans la matérialisation de la vidéo (puisque la présentation de l’œuvre fait d’elle un élément sculptural).
La dernière vidéo de l’exposition, Vocabulary (2011), propose une réflexion poussée sur le langage en tant que construction et sur la façon dont des gestes apparemment naturels, innés, comme ceux de la danse, sont eux aussi contraints par des cadres conceptuels. Robert apparaît, allume son iPod et se met à danser sur de la musique techno (que le spectateur n’entend pas, mais que son intuition lui permet de deviner). Chacun de ses gestes silencieux est répété pendant un certain temps et associé à une catégorie. Ce catalogage de gestes − que l’artiste a observés en boîte de nuit, dans une démarche presque ethnographique, et qu’il imite/ exécute désormais devant la caméra − est une façon de traduire le mouvement en langage et de créer un ordre nouveau, une classification nouvelle et une grammaire nouvelle. Plus qu’un accessoire du langage, le geste est donc considéré comme l’une de ses composantes. Une installation constituée de papier, de tirages photo et d’objets en bois fonctionne et dialogue avec les trois vidéos. Il n’existe aucun lien apparent entre les vidéos et l’installation. Leur proximité produit un effet à la fois enchanteur et déconcertant. Les éléments qui composent l’installation sont beaucoup plus abstraits et conventionnels que les vidéos, mais leur rapprochement laisse entrevoir des lectures et des perceptions. En un certain sens, ils suspendent le contenu suggéré par les vidéos et le déplacent dans une dimension phénoménologique autre. Ils donnent corps au concept d’hétérotopie, d’espaces d’altérité, physique et mentale. Ainsi perçu, le langage est suggéré simultanément comme un événement et comme un non-lieu. Ce qui importe n’est pas ce qui est effectivement dit, mais ce qui est détourné, modulé et réinscrit. Il s’agit de la mise en application construite et continue de codes linguistiques, de conduites héritées et de mouvements corporels.

Filipa Oliveira, commissaire de l’exposition

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Jimmy Robert’s practice focuses on an experimentation of the limits of both his own body and the works he creates. In “Langue matérielle” he questions the gap and the intersection between image and language, while at the same time proposing a destabilisation of the boundaries between video, sculpture and photography. Through the different pieces presented in this exhibition, language becomes a sculptural and objectified material. It is also presented as being constantly re-enacted. Bearing in mind that speaking should be thought as more than a mere mechanical execution of grammar, it could then be considered as a continuous performative act, in which language becomes an event. What Jimmy Robert implies is that neither language nor selfhood can be thought of as pre-constructions, rather as ongoing processes of becoming both a (particular) idiom in itself and an identity. Language is understood as a translucent (or is it pink?) corporal substance, that permeates the space between oneself and others. It is in-between us but also nowhere. It becomes an event in which we are all performers. “ ’We’ are not outside observers of the world. Nor are we simply located at particular places in the world; rather, we are part of the world in its ongoing intra-activity,” says Karen Barad in Posthumanist Performativity: Toward an Understanding of How Matter Comes to Matter (2003). In the video Paramètres (2011), Robert endeavours to fit into his facial contour cutout geometrical drawings. For each movement, corresponding to each attempt, the artist utters a sentence of a text written by him. Each image is used twice and there are ten paragraphs in total. The drawings are two- dimensional depictions of three-dimensional figures. Once cut, seemingly arbitrarily, they become sculptural forms with which the artist negotiates in strictly choreographed and concise movements. A choreography of movements is also at play in the video Untitled (Folding 2) (2011). Starting with a piece of white paper lying flat on a surface, we witness the folding of the paper as if the hands were constructing an origami form. Little by little, as in a puzzle, an image is uncovered on the other side of the paper. If an obvious underlying metaphor is that of the (self) image as a construction, a more in-depth meditation reflects on the objectification of the body, the body as a two-dimensional image and, simultaneously, the materialisation of the video (as the display of the work converts it into a sculptural element).
The last video in the exhibition, Vocabulary (2011), is an intense reflection on language as a construction and on how apparently natural, innate movements, such as dance, are also constrained by conceptual frameworks. Robert enters the video, turns on his iPod and starts dancing to techno music (which the spectator does not hear but can guess intuitively). Each silent movement he initiates is repeated for a certain period of time and classified within a category. The cataloguing of movements, which he had previously observed in clubs as a sort of ethnographer and now imitates/performs for the camera, is a way of translating movement into language, and creating a new order, a new classification and a new grammar. More than an accessory to speech, gestures are thus considered a component of language.
Connecting and dialoguing with the three videos is an installation made of paper, prints and wooden objects. There is no apparent relation between the videos and the installation. The effect of their proximity is both enchanting and disconcerting. The components of the installation are much more abstract and formal than the videos, but their proximity suggests readings, perceptions. In a way, they suspend what is suggested by the videos
and transport it to a displaced phenomenological dimension. In this new perception of language, it is suggested simultaneously as an event and as a non-place. What is important is not what is in fact being iterated but what is dislocated, modulated and re- inscribed. It is a continuous constructed performance of linguistic codes, inherited conduct and body movements.

Filipa Oliveira, curator of the exhibition

Biographie

Français né en 1975 en Guadeloupe, Jimmy Robert vit et travaille à Bruxelles. Après des études à Londres au Fine Art and Critical Theory Goldsmiths’ College (1996-1999), il fréquente la Rijksakademie d’Amsterdam (2004-2005). En résidence Follow Fluxus du Nassauischer Kunstverein à Wiesbaden en 2009, il est, la même année, nominé pour le Prix Fondation d’entreprise Ricard (Paris).

 Expositions personnelles et performances
2012    Museum of Contemporary Art, Chicago
«Langue matérielle», Jeu de Paume, Paris
2011    «Counter-relief (CCS BARD 2011)» (en collaboration avec Maria Hassabi),
CCS Bard, Annandale-on-Hudson, États-Unis
«Und das nennt sich Mann…», Galerie Diana Stigter, Amsterdam
«Consensus Rouge Noir», performance, Kunsthalle Basel, Bâle
2010    «Le bonheur d’être dupe» (pas de deux), Art :Concept, Paris
Art Basel Features (avec Maaike Schoorel), Galerie Diana Stigter, Bâle
«Consensus Rouge Noir», performance, South London Gallery, Londres
2009    «Marriage à la mode et cor anglais» (en collaboration avec Ian White),
FRAC Île-de-France & CAC Bretigny, Micadanses, Paris / ICA, Londres
«Reprise», CCA Kitakyushu Project Gallery, Kitakyushu
«Suspended Closure, Suspended», Follow Fluxus Prize Exhibition, Nassauischer
Kunstverein, Wiesbaden
«Figure de style», performance, Frascati, Amsterdam
«Trio A», performance (en collaboration avec Pat Catterson et Ian White),
Museum of Modern Art, New York
«Grey Flannel Suits Any Man», Sorcha Dallas, Glasgow
2008    «Légèrement manipulés», CAC, Brétigny
«Elegantly Wasted», Neuer Aachener Kunstverein, Aix-la-Chapelle
«Figure de style», Cubitt Gallery, Londres
2007    «Marriage à la mode et cor anglais» (en collaboration avec Ian White), De Appel, Amsterdam / STUK, Bruxelles
Art Basel Statement, Galerie Diana Stigter, Bâle
2006    Manifold Centerfold, White Light, Dusseldorf
Collective Gallery, Édimbourg
«Instabilly», Galerie Diana Stigter, Amsterdam
2004    «6 Things We Couldn’t Do…», (en collaboration avec Ian White), Art Now,
Tate Britain, Londres
2002    «Brown Leatherette», Platform, Londres

Liens

Jimmy Robert : “Langue matérielle”
Les ouvrages de Jimmy Robert à la librairie du Jeu de Paume