— Rencontre
Jonas Mekas : My Paris Movie


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Mardi 14 juin 2011 à 17h, le Jeu de Paume célébrait la dernière séance de ses 20 ans de cinéma en présence de Jonas Mekas, avec la projection de son dernier film, inédit, « My Paris Movie ». Retrouvez une interview vidéo inédite de Jonas Mekas, suivie de quelques extraits du film commentés par le réalisateur lors de la séance.





Many of you who are here, you will see yourselves in my home movie, you are welcome to laugh at yourselves!




« And so Americans go to Paris »






«  Ce film est une lettre d’amour à Paris… une célébration de la ville. J’avais une vingtaine d’heures tournées, j’en ai gardées deux et demie après en avoir éliminé dix-huit ou dix-sept. Évidemment, j’ai par la même occasion effacé un certain nombre de bons souvenirs et de bons amis. »





«  Tout ce que vous avez vu dans le film est réel. Les moments où l’on s’assied dans des cafés, dans des bars… Tout est vrai, car la caméra ne peut capter que ce qui est réel. Il en va de même pour la nostalgie. Certains d’entre nous vivons dans d’autres réalités, mais ces réalités-là sont elles aussi captées et réelles. Et quel ennui si l’on vivait tous dans la même réalité ! »



« To my Paris friends! » : Henri Langlois




« To my Paris friends! » : Ken Jacobs




« To my Paris Friends! » : Philippe Garrel




« To my Paris Friends! » : Barbet Schroeder



« Les fantômes qui habitent les rues de Paris sont également dans le film, ils sont aussi réels.
Je suis très ancré dans la réalité. Quand je filme,  je ne pense pas à ce qui est dans l’esprit.
Je ne pense pas être fou. Je suis très normal. Est-ce là un des signes de la folie ?
La nostalgie est réelle, aussi réelle qu’une pomme ! On ne doit pas essayer de l’écarter car nous en avons tous besoin. Elle fait partie intégrante de la vie normale, des gens normaux. La nostalgie, c’est aussi le respect de ceux qui nous ont précédés, qui ont vécu avant nous, de ce qu’ils ont fait ; cela fait partie de moi, et c’est pour cette raison que dans le film, on boit à Proust, à Apollinaire… Ce sont eux qui nous ont faits, ce sont nos pères, ce sont nos mères. Paris m’a fait. »


«  On portait des toasts à des grandes figures de la littérature et de la philosophie françaises. Les images de tous ces toasts existent encore et sont en ma possession. »

 

« So here I am again. Where are you? Where are you?! All the philosophers, poets of Paris… You have given me so much during the times when I really needed it. Even now, you are very close to me. Now that I am walking the streets of Paris, the city that I love. »


« J’ai filmé le musée du cinéma Henri Langlois quand il était encore ouvert mais aussi plus tard, quand il était vide, après l’incendie et sa fermeture. J’ai revisionné les premières images au moment de faire ce film, mais j’ai finalement décidé de ne pas les garder. J’avais le sentiment que montrer le musée vide en disait davantage sur ce qu’était l’endroit quand il abritait encore ses collections. Ce lieu était plein de films, de mémoire, de documentation. Le voir comme ça à l’écran dit à quel point il était habité et nous permet maintenant d’imaginer, de projeter ce qu’était autrefois cet espace. C’est presque criminel de l’avoir fermé, de l’avoir arraché à la cinémathèque et détruit. »



Jonas Mekas se promène dans les couloirs vides du Musée du Cinéma Henry Langlois, détruit dans l’incendie du palais de Chaillot le 22 juillet 1997.



« En tant que diariste, qui travaille à la fois sur l’image et sur l’écriture, je ne sais jamais quel matériau je vais utiliser. Mais je ne jette jamais rien, tout matériau pourra un jour servir.
Le son fait partie de la réalité. Ma camera l’enregistre. Quand j’utilisais la Bolex, j’avais aussi l’habitude d’emporter avec moi un petit enregistreur de son. Les caméras vidéo modernes permettent de capter directement la beauté des sons réels, les sons de la rue. Dans ce que vous avez vu, il y a tous les types de sons. J’aime les sons autant que les images, je ne peux pas les séparer. »





«  Je n’ai pas le temps de penser au passé, je suis tellement occupé ! Certes, quand j’ai fait ce film sur Paris, j’ai été obligé de creuser dans ce passé, mais il est réel lui aussi. Je n’ai aucun intérêt pour le passé.
Parfois il y a des gens qui me demandent : pourquoi êtes-vous un collectionneur, un archiviste, quelqu’un qui fait presque un travail d’anthologiste ? Mais ce n’est pas vrai, je ne fais pas du tout des collections ! Je ne garde pas tout, c’est plutôt que je ne jette rien.


Les choses sont là et elles y restent. »



 

« So I am sitting as I am now, looking at the sky on my way back to New York and with Paris still alive in me. (…) I am still thinking about you, Paris, about my friends in Paris. I am still thinking about you. »




Biographie

Réalisateur et écrivain, Jonas Mekas est né en 1922 dans le village de Semeniškiai, en Lituanie. En 1949 il choisit de s’exiler aux États-Unis après avoir été déporté et interné dans un camp de travail en Allemagne entre 1944 et 1945. Figure principale du cinéma underground nord-américain et promoteur du journal filmé, il est co-fondateur de The Film-Maker’s Cooperative (1962), pionnière de la diffusion du cinéma indépendant et expérimental, ainsi que co-fondateur et directeur de l’Anthology Film Archives (1970), la cinémathèque new-yorkaise du cinéma d’avant garde.Il a publié plusieurs recueils de poésie en lituanien et quelques ouvrages en anglais.


Filmographie sélective

The Brig (1964)
Walden (Diaries, Notes, and Sketches) (1969)
Reminiscences of a Journey to Lithuania (1971–72)
Lost, Lost, Lost (1976)
Notes for Jerome (1978)
Scenes from the Life of Andy Warhol (1990)
Birth of a Nation (1997)
As I Was Moving Ahead Occasionally I Saw Brief Glimpses of Beauty (2000)
Lithuania and the Collapse of USSR (2008)




En 2009 la revue Lumière a rencontré Jonas Mekas à Lisbonne pour discuter de ses films Walden (1969), As I Was Moving Ahead Occasionally I saw Brief Glimpses of Beauty (2000) et en particulier Birth of a Nation (1997), dans lequel le réalisateur établit un rapport entre « la nation du cinéma indépendant » et les pionniers du cinéma nord-américain. Il parle de cette « nation », qui va de Maya Deren à Stephen Dwoskin, de Stan Brakhage à Henry Langlois, en passant par Godard, Chaplin, Rossellini, Dreyer, Akerman, Warhol, le groupe Zanzibar, Perlov ou Dante et qui s’étend des pratiques littéraires à la critique de cinéma. Jonas Mekas évoque sa méthode de travail singulière, «  photogramme à photogramme », comparable à celle du poète ou du pianiste. (Entretien réalisé par Francisco Algarín Navarro, Félix García de Villegas Rey et Marta Montiano ; vidéo de Clara Sanz. Publié entièrement dans Lumière, num. 3, avril 2010).
‪Mekas in. Revue Lumière (part.1)
Mekas in. Revue Lumière (part.2)
Le Journal de Mekas
Filmographie complète